Dans le métro, après 22h, on peut avoir à faire face à de grands dangers.
Comme toute donzelle citadine bien de son XXIe siècle, il m'arrive très souvent d'emprunter tardivement les voies suburbaines pour regagner ma ~trouver l'équivalent féminin de garçonnière~.
Eh bien il faut savoir que l'on peut s'y trouver confronté à une série de spectacles à vous glacer le sang (et par ces températures, mieux vaut privilégier le tampon), au nombre desquels on peut citer des processions de spectres esseulés à la face blême qui vous voleront votre âme en l'extirpant de votre enveloppe charnelle à grand coups de porte lâchée en pleine tronche, ou des types à la face tout aussi blême urinant toute plomberie dehors et s'égouttant tout en vous fixant d'un air halluciné et vicelard (essayez un peu d'imaginer tout ça à la fois).
J'ignore depuis quand les uns et les autres n'ont pas reçu la grâce de la lumière d'une âme compatissante et généreuse, mais ce n'est certainement pas le fait que j'aie croisé leur chemin qui a changé la donne.
C'est exactement la même chose chez Ed, où les néons décolorent le plus rubicond des faciès ; chaque fois que j'y entre, je suis saisie par l'ensemble subaquatique (sub- sera le préfixe du jour ou ne sera pas) que constituent les caisses et les plinthes peintes en vert amazonien, les chemisettes ou t-shirts _couleur assortie_ des employés qui se meuvent au rythme du courant des visiteurs désargentés, le costume sombre
de la vigiedu vigile, l'agencement ondoyant des gondoles (O sole mio), les verres embués derrière lesquels se discernent des bancs de produits surgelés, j'en passe et des pas mûres.
C'est exactement la même chose, sauf que c'est fermé la nuit et que les seules nouilles disponibles en rayon y sont ensachées.
Le quotidien dont vous êtes le héros vous permet ainsi de jeter chaque jour le dé à mille faces de votre existence et, quel que soit le terrain sur lequel le sort vous envoie combattre les méchants, d'en revenir anobli par quelques cicatrices du meilleur effet avec ce petit haut "caissière" 100% coton, d'un grand confort avec ses emmanchures et sa taille amples.
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Trop forte...
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